Florent Jardin   Conférences  Archives  À propos

Le fenêtrage à la rescousse

PostgreSQL propose un certain nombre de fonctions qui permettent de calculer des valeurs agrégées ou relatives sur un ensemble de lignes qui se situent dans une « fenêtre » autour de la ligne courante. En utilisant de telles fonctions, n’importe qui peut créer des requêtes plus avancées et plus efficaces pour l’analyse de leur base de données.

Depuis plusieurs semaines, je contribue à un projet de conversion de modèles de données vers PostgreSQL, appelé db_migrator. À cette occasion, j’ai (re)découvert la puissance de ces fonctions de fenêtrage avec le langage SQL. Dans cet article, je reviens sur un cas concret de transformation des bornes supérieures d’une table partitionnée en tableau de valeur.


À travers une fenêtre

On ne va pas se le cacher, l’utilisation d’une fenêtre dans une requête n’est (vraiment) pas fréquente. Le fenêtrage est particulièrement utile pour effectuer des analyses de données en décalage temporel, telles que les totaux cumulatifs, les moyennes mobiles, les tendances, etc.

Les fonctions de fenêtrage les plus couramment utilisées dans PostgreSQL sont first_value(), last_value(), rank(), row_number() et lag(). Ces fonctions peuvent être combinées avec des fonctions d’agrégation telles que sum(), avg(), count(), min() et max() pour produire des résultats encore plus utiles.

Prenons l’exemple de la méthode first_value() qui permet d’identifier la première ligne de la fenêtre rattachée à chaque ligne. Avec le cas concret du partitionnement, on souhaite connaître la première partition définie pour la table pour chaque ligne d’une table nommée partitions :

SELECT table_name, partition_name, upper_bound, position,
       first_value(partition_name) OVER (
           PARTITION BY table_name 
           ORDER BY position
       ) AS first_partition 
FROM partitions;
 table_name | partition_name | upper_bound | position | first_partition 
------------+----------------+-------------+----------+-----------------
 tab        | less_than_10   | 10          |        1 | less_than_10
 tab        | less_than_20   | 20          |        2 | less_than_10
 tab        | less_than_30   | 30          |        3 | less_than_10
 tab        | less_than_40   | 40          |        4 | less_than_10
 tab        | less_than_max  | MAXVALUE    |        5 | less_than_10

Une fonction de fenêtrage est employée en conjonction avec la clause OVER pour spécifier les limites de la fenêtre, en déterminant la colonne commune aux lignes sur lesquelles la fonction de fenêtrage s’applique. Ici, la fenêtre regroupe les données de partitionnement selon le nom de la table (table_name) en les triant avec la clause ORDER BY.

Une fenêtre se déplace pour chaque ligne, en élargissant ses bornes en fonction des nouvelles lignes qu’elle parcourt dans l’ordre de tri des données. Si on souhaite récupérer la dernière partition définie pour la table de chaque ligne, il est nécessaire d’inverser le tri de la fenêtre, afin de démarrer la lecture par le bas jusqu’à la ligne courante et de trier à nouveau le résultat.

SELECT table_name, partition_name, upper_bound, position,
       first_value(partition_name) OVER (
           PARTITION BY table_name 
           ORDER BY position DESC
       ) AS last_partition 
FROM partitions ORDER BY position;
 table_name | partition_name | upper_bound | position | last_partition 
------------+----------------+-------------+----------+----------------
 tab        | less_than_10   | 10          |        1 | less_than_max
 tab        | less_than_20   | 20          |        2 | less_than_max
 tab        | less_than_30   | 30          |        3 | less_than_max
 tab        | less_than_40   | 40          |        4 | less_than_max
 tab        | less_than_max  | MAXVALUE    |        5 | less_than_max

Déterminer la borne inférieure

Avec Oracle ou même MySQL, le partitionnent par intervalles ne prend en compte que la borne supérieure pour répartir les données dans les partitions. Ainsi, la création d’une table partitionnée est semblable à l’exemple suivant :

CREATE TABLE tab (
    id INT NOT NULL,
    junk TEXT NOT NULL
)
PARTITION BY RANGE (id) (
    PARTITION less_than_10 VALUES LESS THAN (10),
    PARTITION less_than_20 VALUES LESS THAN (20),
    PARTITION less_than_30 VALUES LESS THAN (30),
    PARTITION less_than_40 VALUES LESS THAN (40),
    PARTITION less_than_max VALUES LESS THAN MAXVALUE
);

PostgreSQL est plus strict sur la définition des partitions de type RANGE avec l’utilisation des bornes inférieures et supérieures, comme ceci :

CREATE TABLE tab (
    id INT NOT NULL,
    junk TEXT NOT NULL
)
PARTITION BY RANGE (id);

CREATE TABLE less_than_10 
    PARTITION OF tab FOR VALUES FROM (MINVALUE) TO (10);
CREATE TABLE less_than_20 
    PARTITION OF tab FOR VALUES FROM (10) TO (20);
CREATE TABLE less_than_30 
    PARTITION OF tab FOR VALUES FROM (20) TO (30);
CREATE TABLE less_than_40 
    PARTITION OF tab FOR VALUES FROM (30) TO (40);
CREATE TABLE less_than_max 
    PARTITION OF tab FOR VALUES FROM (40) TO (MAXVALUE);

Avec le jeu de données précédent, il devient nécessaire de faire le rapprochement entre une partition et celle qui la précède pour reconstruire les bornes inférieure et supérieure. La fonction de fenêtrage lag() permet justement d’extraire la donnée d’une autre ligne placée au-dessous d’elle dans la fenêtre courante.

lag (value anycompatible [, offset integer [, default anycompatible ]]) 
   → anycompatible

Renvoie value évaluée à la ligne qui se trouve à offset lignes avant la ligne actuelle dans la fenêtre ; si une telle ligne n’existe pas, renvoie default à la place.

La requête suivante répond à ce problème :

SELECT table_name, partition_name, 
       ARRAY[
           lag(upper_bound, 1, 'MINVALUE') OVER (
               PARTITION BY table_name 
               ORDER BY position
           ),
           upper_bound
       ]::text[] as boundaries
FROM partitions;
 table_name | partition_name |  boundaries   
------------+----------------+---------------
 tab        | less_than_10   | {MINVALUE,10}
 tab        | less_than_20   | {10,20}
 tab        | less_than_30   | {20,30}
 tab        | less_than_40   | {30,40}
 tab        | less_than_max  | {40,MAXVALUE}

Une autre requête avec first_value() avait été employée avant que lag() n’ait été proposée par Laurenz Albe dans la forme définitive de mes travaux. Pour un résultat équivalent, elle a été jugée moins adaptée en s’appuyant inutilement sur des clauses plus poussées telles que RANGE BETWEEN et EXCLUDE. Je vous laisse apprécier la syntaxe complète.

SELECT table_name, partition_name,
       ARRAY[
           coalesce(first_value(upper_bound) OVER (
              PARTITION BY table_name ORDER BY position
              RANGE BETWEEN 1 PRECEDING AND CURRENT ROW
              EXCLUDE CURRENT ROW
           ), 'MINVALUE'),
           upper_bound
       ]::text[] as boundaries
FROM partitions;

Conclusion

Le fenêtrage n’est pas évident à se représenter mentalement, d’autant plus que les cas concrets et pertinents ne se rencontrent pas fréquemment. Sans pour autant en maîtriser les subtilités, il est utile d’en connaître la finalité, ou tout du moins l’existence. Il aurait été tentant de faire des jointures, des CTE ou des sous-requêtes mais en payant le prix fort d’une lisibilité amoindrie et de potentielles barrières à l’optimisation.